Ce qui m’inspire au quotidien. Des tranches de vie, des observations, des réflexions, parfois sérieuses, parfois drôles. Avec toujours l’humain comme trame de fond.

Inspirée par… le talent d’ici

Depuis mon adolescence, lorsqu’arrive l’automne, je sens une frénésie m’habiter en raison de la diffusion imminente des galas de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ).

Cette fête annuelle, qui récompense celles et ceux dont le fruit de leur travail s’inscrit dans notre quotidien, me fait réaliser combien nous sommes choyés, ici, d’avoir accès à un si vaste répertoire d’artistes aux multiples talents. Que ce soit en humour ou en musique, en paroles comme en images, ils nous invitent à entrer dans leur univers et à nous en imprégner.

Malgré le virage numérique des dernières années, on compte pas moins de 259 albums, 67 spectacles et 54 vidéos recensés entre juin 2023 et mai 2024 ! Si les galas annuels mettent en lumière des artistes qui traversent le temps, ils donnent aussi une grande place aux talents émergents, qui ne cessent de m’impressionner d’année en année. Car oui, au Québec, on ose sortir des sentiers battus. On ose l’originalité. On ose mélanger des genres musicaux ou des types d’humour, qui parfois semblent improbables. En musique, difficile de catégoriser un artiste, car lui-même ne sait comment se définir ! À vrai dire, il ne s’identifie pas à tous ces styles hétéroclites, inventés au fil du temps : pop-rock, adulte contemporain, alternatif, classique, country, folk, jazz, électronique, classique, musiques du monde, r&b/soul, rap, rock, traditionnel, jeunesse, pop… et on peut le comprendre, car après tout, ce qui lui importe c’est tout simplement de créer !

Pour l’amateur, les choix d’univers musicaux et humoristiques abondent. Impossible de ne pas trouver chaussure à son pied. Pour ma part, ce n’est pas d’hier que j’affectionne l’industrie du disque et du spectacle québécois. Plus jeune, je m’intéressais aux artistes francophones, particulièrement aux auteurs-compositeurs-interprètes, mais j’aimais bien aller au-delà des « tounes de feu de camp », pour découvrir. À l’achat d’un album, je m’abstenais d’appuyer sur le bouton « fast forward » de mon radiocassette. J’en écoutais chaque chanson, dans l’ordre, sans faire abstraction à sa popularité dans les palmarès. Je m’imprégnais ainsi de l’œuvre en entier (car oui, un album est pour moi une œuvre d’art), qui m’offrait une expérience multisensorielle difficile à expliquer.

J’ai un jour réalisé que ce sont les artistes québécois qui m’ont fait aimer la langue française et m’ont donné le goût de l’explorer davantage, de m’amuser avec les mots. J’ai retrouvé avec bonheur dans des écrits datant de mon adolescence un texte rédigé uniquement à partir de titres de chansons francophones que j’affectionnais. Je me souviens les avoir soigneusement regroupés par thèmes, avant de les transformer en un texte qui a du sens.

Du haut de mes 15 ans, je chérissais les Flynn, De Larochellière, Séguin, Rivard et compagnie, sans toutefois réaliser que la langue qu’ils avaient choisie comme outil de travail n’était certainement pas « la saveur du moment ». Que cette langue avait du mal à faire entendre sa voix. Que même si elle criait fort, elle finissait toujours par être enterrée par l’autre, celle prédominante. Qu’on tentait constamment de l’étouffer, en la tassant dans un coin, pour l’empêcher de s’épanouir ! J’étais à cet âge loin de me douter de l’existence d’une bataille qui visait à gagner bien plus qu’un trophée.

Plus tard, j’ai pris conscience qu’en comparaison avec leurs homologues anglophones, pour qui la langue est tenue pour acquis, les artistes québécois, eux, devaient bûcher pour qu’on reconnaisse leur talent en s’exprimant en français.

Bien qu’aujourd’hui, les nominations aux galas de l’ADISQ incluent des catégories récompensant les albums de l’année « anglophone », « bilingue et autres langues » ainsi que « langues autochtones », le français reste au premier plan. Ces nouvelles catégories sont à l’image du Québec, une nation capable d’ouvrir ses horizons sans oublier ses racines. L’ADISQ rend hommage à ces artistes qui font rayonner le Québec à l’extérieur de ses frontières. C’est tout à leur honneur, car ils en sont de fiers ambassadeurs.

Toutes ces créatrices et ces créateurs qui, peu importe leur style, font partie de la trame de nos vies, méritent certainement d’être célébrés au moins une fois par année. Ils nous accompagnent dans des instants doux ou joyeux, comme dans des plus difficiles, voire tragiques. Chaque moment qui nous a marqués nous rappelle inévitablement un artiste, un album, une chanson, une vidéo, un concert. Elles et ils ont été à nos côtés dans diverses circonstances, contribuant ainsi à fabriquer plusieurs de nos précieux souvenirs.

Pour ma part, j’ai encore envie de célébrer cet album d’un spectacle de Louis-José Houde, qui m’a aidée à traverser une période ardue il y a plusieurs années. Et ceux de François Pérusse, qui nous ont accompagnés, mon fils et moi, lors d’un long voyage aux Iles-de-la-Madeleine.

J’ai le goût d’applaudir ces moments où Boucar Diouf et André Sauvé m’ont fait rire de mes petits travers mais aussi réfléchir. D’esquiver un sourire en repensant à mes sanglots de peine d’amour apparus devant Sylvain Cossette. De me revoir chanter et danser avec ma belle-sœur, telles deux vraies « matantes », devant une jeune Marie-Mai.

Je ne veux jamais oublier avoir perdu mon souffle devant la beauté des arrangements musicaux d’un concert de Daniel Bélanger. De m’être extasiée face au tableau d’un coucher de soleil au bord du fleuve, devant lequel la voix de Kim Richardson s’élevait avec les harmonies d’un orchestre symphonique. Que mes oreilles ont frémi de plaisir en savourant l’œuvre d’Harmonium symphonique. Et que j’ai eu le privilège d’avoir pu vibrer avec les Cowboys fringants un an avant le triste départ de son chanteur Karl Tremblay.

En 2024, j’ai continué à étancher ma soif de découvertes, avec Elliot Maginot, Valence, Lumière, Klô Pelgag, FouKi, Bon Enfant, Rau_Ze et bien d’autres. Et j’ai gravé en moi cette soirée, à rire en continu au spectacle de Fabien Cloutier après un agréable souper avec une amie, ces marches d’hiver, qui me sont parues moins froides grâce aux Salebarbes dans mes écouteurs, ce spectacle émouvant en hommage au beau Patrick des BB par son fils Ludovick et finalement, cette écoute en boucle de Pub Royal, l’album ultime (et chef-d’œuvre) des Cowboys, qui m’a laissée sans mots.

Les 30 octobre et le 3 novembre, c’est devant le petit écran que je prendrai place, pour cet hommage à nos artistes. Les oreilles, les yeux et l’esprit grands ouverts, je demeurerai attentive, pour ne manquer aucune des étincelles ni aucun des frissons qui m’inciteront à me procurer le matériel d’un artiste québécois. Bien que peu d’entre eux repartiront avec une statuette, plusieurs gagneront assurément mon cœur.

Encourageons nos talents d’ici et soyons-en fiers !

Mes références inspirantes

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